Comment ne pas reconnaître dans l'ambitieux projet d'Eugène Robick l'obsession des dirigeants qui se sont succédés à Bruxelles? Pendant des décennies, ils se sont systématiquement attaqués au vieux quartier populaire (les marolles) et au coeur de Bruxelles dans le but d'en faire une ville "moderne" et une capitale digne de rivaliser avec Paris et les autres métropoles de ce monde. Présentées comme des entreprises de salubrité publique, la construction du palais de justice, le voûtement de la Senne et la création de la jonction Nord-Midi avaient également pour but de mettre de l'ordre dans le chaos, de créer des grandes artères rectilignes au lieu de "strotjes" sinueuses et étroites, et de mettre au pas le petit peuple en cassant son esprit et sa solidarité. Cette fuite aveugle vers "la modernité" et "l'ordre" a entraîné un véritable saccage de Bruxelles, plus tard connu sous le nom de "Bruxellisation". On retrouve également ce phénomène à Brüsel.