Brüsel présente une image miroir de Bruxelles et de son histoire. L'album raconte la fuite en avant de dirigeants qui ont voulu moderniser la ville et la transformer en une capitale digne de ce nom. Brüsel regorge de clins d'oeils aux grands travaux qui ont défiguré Bruxelles, tels que le voûtement de la Seine, la jonction Nord-Midi, la construction du palais de justice, l'expo 58 et la création des tunnels de la petite ceinture (le "tout à la voiture"); il met en scène des personnages historiques ayant joué un rôle essentiel dans ces transformations (Anspach, De Pauw, Poelart); il relate quelques anecdotes, telles que le déménagement de l'église de la trinité lors du voûtement de la Seine, l'ambition de Poelart de coiffer le sommet du palais de justice d'une pyramide; il se base sur des photos d'archives, montrant par exemple les brasseries existant le long de la Seine, etc. Brüsel relate un catalogue d'erreurs urbanistiques qui ont eu lieu à Bruxelles, et met en perspective à la fois les mentalités des dirigeants de l'époque et les souffrances de la population visée par ces projets grandioses. Les différences entre les deux ville se limitent principalement à la chronologie et à l'échelle de temps, à la disposition des lieux, et à la distortion des noms (Spanach, De Vrouw, etc.)

C'est avec ces événements en toile de fond que l'album relate l'histoire de gens bouleversés par les travaux et par les idéaux modernes qui, à travers différentes épreuves, vont résister à leurs manière à l'entreprise totalitaire (clin d'oeil à l'inefficacité légendaire de l'administration Belge, où la pause café est sacrée). Comme toujours dans les Bandes Dessinées de Schuiten et Peeters, Brüsel peut se lire à différents niveaux. Un lecteur qui ne connaîtrait pas l'histoire de Bruxelles pourrait sans doute apprécier la critique des utopies et de l'entreprise de modernisation qui a eu lieu un peu partout en Europe à cette époque, mais il ne pourait goûter la saveur toute particulière qu'a ce livre pour les Bruxellois.

Comme à Urbicande et à Bruxelles, Brüsel a connu un engouement pour "la modernité" et pour l'ordre, qui devaient triompher du chaos et de l'irrationnel. Les petites ruelles tortueuses et pleines de vie furent rasées et remplacées par de grandes artères rectilignes bordées de bureaux inhumains (voir par exemple le quartier Européen ou la jonction Nord-Midi, à Bruxelles).