Le réaménagement de la station
de métro Arts et Métiers


François Schuiten, Benoit Peeters

Musée des arts et métiers



La Revue, décembre 1993, n° 5, p.56-57.

Résumé

En octobre 1994, les usagers du métro parisien découvriront, à l'occasion des cérémonies du bicentenaire du Conservatoire national des arts et métiers, une station Arts et Métiers entièrement réaménagée. Le projet, imaginé et dessiné par François Schuiten, fait l'objet d'un partenariat exemplaire entre la Régie autonome des transports parisiens et le Musée des arts et métiers. François Schuiten et Benoît Peeters travaillent depuis 1981 à la série "Les Cités obscures" (Casterman) et François Schuiten a également réalisé plusieurs scénographies, dont le récent réaménagement de la station de métro Porte de Hal à Bruxelles.

Pour la station de métro Arts et Métiers, le voyageur sera plongé d'emblée à l'intérieur d'une grande machine, sorte de Nautilus souterrain suggérant l'imaginaire des mécanismes de génie. Pénétrant dans le monde souterrain, le voyageur découvrira au plafond de la station une série de rouages évoquant le musée situé juste au-dessus.

Le projet repose en grande partie sur l'utilisation méthodique d'un seul matériau, hautement évocateur de l'univers technique et industriel, le cuivre. La voûte sera en effet constituée de plaques de cuivre rivées les unes aux autres, créant pour l'usager la sensation de changer d'espace dès qu'il pénètre dans la station. Une série de hublots ouvriront sur des scénographies de petite taille, centrées sur l'imaginaire du Musée des arts et métiers et offrant l'occasion de nouvelles découvertes sur le monde d'aujourd'hui.

Tout en dégageant une atmosphère presque intemporelle, le projet se montrera novateur dans le traitement des matériaux, les techniques de fixation et de protection, établissant ainsi une passerelle entre le monde du métropolitain et celui du Musée, entre le passé et l'avenir.

La nouvelle station Arts et Métiers


Projet de François Schuiten et Benoît Peeters


Le réaménagement de la station de métro Arts et Métiers

En octobre 1994, les usagers du métro parisien découvriront, à l'occasion des cérémonies du bicentenaire du Conservatoire national des arts et métiers, une station Arts et Métiers entièrement réaménagée. Le projet, imaginé par les créateurs de bande dessinée François Schuiten et Benoît Peeters, fait l'objet d'un partenariat exemplaire entre la RATP et le Musée des arts et métiers.

François Schuiten et Benoît Peeters travaillent depuis 1981 à la série " Les cités obscures ", publiant successivement Les Murailles de Samaris, La Fièvre d'Urbicande, L'Archiviste, La Tour, La Route d'Armilia, Le Musée A. Desombres et Brüsel (Casterman). François Schuiten a également réalisé plusieurs scénographies, dont le réaménagement de la station de métro Porte de Hal à Bruxelles, ouverte fin 1993.

Une grande machine

L'optique scénographique choisie pour la station de métro Arts et Métiers privilégie un grand parti pris, un effet d'ensemble destiné à plonger d'emblée le voyageur dans un climat puissant. C'est à l'intérieur d'une machine que l'on pénètre, Nautilus souterrain ou gigantesque Fardier de Cugnot. Et les rames de métro deviennent des pistons, animant le mécanisme à intervalles réguliers.

Avec ce projet, il ne s'agit nullement d'illustrer le Musée des arts et métiers, en montrant des objets réels ou en les imitant, ce qui ne pourrait être que réducteur, mais bien de créer le désir et de suggérer l'imaginaire des mécanismes du génie.

Le voyageur

Même celui qui ne fait que traverser la station sans y descendre perçoit une ambiance toute différente du reste de la ligne. Les couleurs, les matières frappent le regard le plus distrait et piquent la curiosité. Les mots "Arts et Métiers" se chargent de mystère.

Mais bien entendu, c'est surtout pour celui qui attend sur le quai que le projet revêt sa véritable dimension. Levant les yeux, il découvre au-dessus des voies une série de rouages fixes, intégrant des éléments d'éclairage. Ce sont comme des émanations du musée situé juste au-dessus, établissant un point de jonction entre deux mondes liés au transport : le réseau du métropolitain, le Conservatoire des arts et métiers.

Les matériaux

Sur le plan technique, tout a été mis en oeuvre pour s'adapter aux contraintes de la RATP, sur le plan de la longévité des matériaux, des facilités d'entretien, etc.

Le projet repose en grande partie sur l'utilisation méthodique d'un seul matériau, à la fois résistant et facile à poser, esthétique et hautement évocateur de l'univers technique, le cuivre, matériau qui présente l'avantage de vieillir extrêmement bien, y compris sur le plan chromatique. Dans l'usage qui sera fait du cuivre, comme dans les techniques d'accrochage, nous aurons à coeur de choisir les solutions les plus commodes et les plus résistantes à l'usage.

Le traitement des détails

Le premier effet passé, les détails retiennent l'attention : les rivets qui fixent les plaques de cuivre les unes aux autres, les plaques régulièrement disposées qui portent les noms d'inventeurs et d'ingénieurs célèbres, ainsi que leurs dates de naissance et de décès.

Les différentes entrées sont traitées comme des sas, ménageant une rupture franche par rapport à l'univers de carrelages du reste de la station. Il s'agit de donner au visiteur le sentiment d'un véritable changement d'espace.

Le projet initial, présenté en juin 1993, s'est transformé et enrichi au cours des rencontres régulières avec les responsables de la RATP et du Musée. Il a d'abord été décidé d'ajouter à notre "Nautilus" une série de hublots ouvrant chacun sur une scénographie de petite taille. Centrées sur l'imaginaire du Musée des arts et métiers - des moyens de transports à l'énergie, à la mécanique ou à la communication -, ces scénographies accroîtront le caractère ludique du projet et offriront aux usagers réguliers l'occasion de nouvelles découvertes.

Il nous paraît d'ailleurs stimulant que ce projet, qui veut établir une passerelle entre le monde du métropolitain et celui du Conservatoire des arts et métiers, réunisse sur le plan technique le passé et l'avenir. Tout en dégageant une atmosphère presque intemporelle, le projet se montrera innovateur dans le traitement des matériaux, les techniques de fixation et de protection.

François Schuiten et Benoît Peeters


(Source: Francis Bellefonds)