Note d'intention du réalisateur
C'était là le point de départ des QUARXS. L'idée
que l'image de synthèse mettait dans les mains de l'homme les moyens de concevoir
un Monde bien meilleur ou bien pire, en tout cas différent. Un Monde pour
lequel les grands principes de la physique, de la biologie, de l'optique, se retrouvent
bafoués, niés, transformés en leur contraire. (Le temps se retourne
sur lui-même pour le Reverso Chrono Cycli). Et si ce monde, qui contredit ce
que la science et l'expérience nous enseignent entrait en collision avec le
notre. Si ces êtres qui évoluent, croissent et se multiplient en vertu
de ces lois paradoxales se retrouvaient confronté à notre univers le
plus quotidien, le plus banal. Et bien les voilà amenés à expliquer
un grand nombre des accidents qui jalonnent notre vie, des petits incidents qui restent
parfois inexpliqués, des événements qui ne méritaient
aucune explication totalement rationnelle, des phénomènes qui gagnent
à être ré interprétés.
Cette relecture du Monde traque les évidences et provoque parfois des interprétations
aussi existentielles que futiles. Les mobiles qui guident le comportement des Quarxs
sont malgré tout ceux qui guident le vivant. Comment se nourrir, se reproduire,
se cacher des prédateurs (l'homme, le scientifique ?) pour finalement disparaître.
Même cette disparition n'est peut être pas définitive puisqu'ici
(comme ailleurs) aucune vérité n'est définitive. C'est peut
être là une concession aux lois du genre.
En attendant, ils sont là ! Jusque là nous avons bien vécu sans
eux, ils pourraient cependant nous aider à mieux vivre un univers trop souvent
absurde en nous suggérant des non-explications pleinement insatisfaisantes.
Peut on survivre au fait de ne pas exister dans certaines tranches d'espace. Faut-il
s'alarmer de constater que ces mêmes tranches dans lesquelles nous n'existons
pas s'élargissent avec l'âge. Faut-il déplorer qu'un peu plus
tard, il ne nous reste plus qu'un espace très étriqué dans lequel
exister ? Les Quarxs fonctionnent parfois comme une parabole sans danger. Dans celle-ci,
le Spatio Striata se sert dans un premier temps de son terrible handicap (ou de son
amusante propriété) pour se cacher ; appréhension ludique du
monde et de ses facéties. D'autres séquences nous apprendront probablement
qu'à une tranche d'absence dans ce monde correspond une tranche de présence
ailleurs (aux antipodes ?). Bien qu'absurde, cet univers a sa forme de cohérence,
sa logique propre.
Le réalisme de l'image vient renforcer la pseudo crédibilité
de la démonstration ou de l'observation. Le décor installe l'inquiétante
étrangeté chère au fantastique. Mais ici pas d'angoisse ! Le
spectateur n'est dupe de la mystification que parce qu'il accepte cette nouvelle
convention de représentation qui situe l'image de synthèse à
mi-chemin entre l'image photographique (celle du cinéma et de la vidéo)
et l'animation traditionnelle.
Ce n'est pas ici un univers cartoon. Jamais les Quarxs n'auront un comportement anthropomorphe,
même caricatural. Ils ne gardent de l'homme que les motivations premières,
celles qui le rapprochent du monde animal. C'est une logique de comportement accessible
à tous sauf à notre fameux chercheur en cryptobiologie comparée
qui se perd en conjectures plus improbables les une que les autres. Son incompétence
n'a d'égal que sa suffisance. Chaque microscopique trouvaille sera très
rapidement remise en cause. Nous lui serons toutefois reconnaissants d'attirer notre
attention sur des êtres vivants qui avaient jusque là échappé
à la vigilance de la communauté scientifique internationale.
Les QUARXS sont nés du désir de concevoir un programme dont les personnages
seraient directement issus des fonctionnalités de l'image de synthèse
3 D. L'ELASTOFRAGMENTOPLAST et le SPATIOSTRIATA, par exemple, pratiquent couramment
les opérations booléénes (intersections de volumes), de même
le Polymorpho Proximens utilise les interpolations synthétiques (métamorphose
d'un objet en un autre) pour se cacher et le Mnémochrome, bactérie
à la vie sociale très organisée, scan les toiles de maître,
point par point, ligne par ligne, à la manière de faisceau d'électrons
qui balaye l'écran vidéo ou informatique...
En créant les QUARXS, j'ai voulu éviter de réaliser une démonstration
supplémentaire de l'image de synthèse. Je voulais aussi éviter
de créer un univers High Tech trop souvent associé à l'image
de synthèse. C'est dans ce but que la conception graphique a été
confiée à François SCHUITEN (célèbre auteur de
bandes dessinées : L'Archiviste, La Fièvre d'Urbicande, Les Murailles
de Samaris, La Tour ... qui collabore aussi au scénario.
Le monde est maintenant beaucoup plus simple, puisque les Quarxs sont là pour
le justifier.
Maurice BENAYOUN