Introduction

Que sont les cités obscures ? S'agit-il de cités existant sur un continent parallèle au nôtre et dont l'accès est extrêmement difficile et bien gardé, ou s'agit-il tout simplement d'une création sortie de l'imagination de deux auteurs de génies: François Schuiten et Benoît Peeters ? Les cités obscures existent-elles vraiment ou sont-elles imaginaires ?

Il y a quelques années encore, personne ne doutait que les cités obscures aient été inventées par Benoît Peeters et François Schuiten. La plupart des articles, dont l'excellente analyse de Frédéric Kaplan, étudient les cités obscures en tant que simple production artistique, sans jamais soulever la question de leur existence dans la réalité. Cependant, de nombreux témoignages récents viennent jeter un doute sur ces belles certitudes. Un reportage de la RTBF (télévision belge) pose des questions dérangeantes et laisse penser d'une part que les cités existent bel et bien, et d'autre part qu'il existe des passages entre ces cités et les nôtres. De plus en plus de gens affirment avoir opéré un passage vers les cités obscures, comme par exemple Henri Vandebelle (interrogé dans le reportage de la RTBF), Joseph Le Perdriel (auteur d'un site internet où il raconte ses expériences) et bien sûr, les auteurs de la série des cités obscures eux mêmes. Les auteurs reçoivent par ailleurs des e-mails venant de Mary von Rathen elle même (une citoyenne des cités obscures). Le temps est donc venu de prendre la question au sérieux et de rouvrir le dossier.

En tant que pur produit de L'Université Libre de Bruxelles, temple de la rationalité et de la libre pensée, je suis bien évidemment convaincu que les cités obscures n'existent pas. Les cités obscures ne sont pour moi qu'affabulation; elles portent bien leur nom puisqu'elles relèvent plus de l'obscurantisme que des lumières. De nombreux albums reposent d'ailleurs sur une critique aussi subtile que pernicieuse du progrès technologique; la science elle-même et ses idéaux y sont tournés en dérision. On se moque de la modernisation des villes, l'amélioration des transports, de la santé publique ou des conditions de vie. Le génial Wappendorff, qui a voué toute sa vie à la science, au progrès et aux bienfaits de l'humanité, est présenté comme un dangereux utopiste. Et tout cela est présenté sous une couche de soit-disant rationalité. La question de l'existence des cités obscures est discutée sérieusement, mais ... au sein des cités obscures elles mêmes. On ne passe en effet pas sous silence les recherches du Professeur Régis de Brock, ardent adversaire des obscurantistes, mais comment accepter sa démonstration dès lors qu'elle nous est présentée comme venant des cités obscures, censées ne pas exister?

Mon devoir de scientifique est de réagir avec énergie, de reprendre le flambeau du Professeur de Brock et de combattre l'obscurantisme. Cependant, il ne sert à rien d'affirmer comme un dogme que les cités obscures n'existent pas; encore faut-il le démontrer. Dans ce cas, la meilleure méthode est, je pense, la démonstration par l'absurde. La démarche consiste à considérer hypothétiquement l'existence des cités obscures, à en déduire ce que cela implique, puis à montrer que ces implications sont impossibles. Le raisonnement est le suivant: "Si les cités obscures existaient vraiment, alors il faudrait nécessairement que telle ou telle règle soit valide. Or, ce n'est pas le cas, donc les cités obscures n'existent pas, CQFD".

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